Assoiffé de mot

Fait moi encore des mots qui vont rêver

Balbutie-moi des envolées

Des randonnées

Des plongées océaniques

Chantes-moi des verbes verts

Des vers pervers ou par devers les vêpres ou au revers d'un réverbère

Dits moi des phrases qui vont voler

Ou des palabres balafrées

Qui montent du fond des faubourgs abandonnes

Empoème moi des parfums exquis

Venu tout droit de ta muse maquis

Maquille encore le monde des images sonores que toi seul sait sonner

Tournes-moi une terre

Tournes-moi un soleil

Tournes-moi la lune

Tournes-moi une farandole

Mènes-moi en gondole

Frémis-moi des chuchots

Aux tympans desquels raisonnent de nouvelle cathédrale

Aux étriers desquels galopent les images

Aux tambours desquels avancent des armées de désirs

Qui soulèvent des papillons

Dans mon ventre

Viens dans mon entre

Enfouir tes trésors littéraux

Viens les ensevelir au cœur du monde

En ma nef, en mon cloitre

Qu'ils fécondent ma terre,

Qu'ils me configurent géomètre

Tes tournures, Jazzes-les moi en quelques phrase

Rock-moi tes cris

Blues-moi tes mélodies maniaques

Qui feront, à reculons, s'ouvrir mes jupons

Fais-moi des compléments d'objet cutané

Sensuels, tactiles, digitales

Viens sur ma peau les tatouer

Rédiges-moi des discours intimes

Qu'on chuchoterait à l'oreille

Des secrets auriculaires

Aux accents majeurs

Aux noires pointées

Qui danseront sous mon chandail

Au frisson de ma peau

Parfumes-mes cheveux de tes uniques mélopées

Allant ci ou là, je répandrai l'odeur du son de tes voix

Remplis-moi du vide de tes pensées

Cet espace aimé où surgissent des fleurs inespérées

Fait de moi le papier de tes encres

Les bois de ta gravure

La pierre de tes sculptures

Gaves-moi comme l'oie des fruits médités

Que je meurs pleine de ces beautés

Que je serve, ultime, au festin des rois

Signes-moi des alexandrins touffus

De ceux qu'on encadre

Chaque vers espacé pour y méditer à tète reposé

Dis-moi des yeux, des cous, des doigts de ceux qu'on peindrait si du talent on avait

Régurgites-moi tes vieux essais si l'imagination t'échappe

Tu me trouves assoiffée, inassouvie, insatiable, nymphomane

Je m'accrocherai à ton souffle, sur ta lèvre inférieure, je veux gouter ton souffle, le respirer la première comme un anneau de piercing

Je te taillerai des mots de la soie du chant des oiseaux

Sans autre patron que le clairon lumineux de l'aurore

Je te confectionnerai des broderies de brocard aux bords de l'eau

Je te distillerai des eaux de vie en salives, en soupapes, en salmigondis, en solières, en sobriquets inconnus qui consonnent et se consument d'extase

Qui font à l'oreille des breloques plus fantasque que le murmure des rivières

Je te gonflerai des tempêtes de chapitre, des ouragans de psaume, des tonnerres de rimes

Des opus, du naseau de mes coursiers

Qui, sans tout à fait mettre à sac tes berges, tes plages, tes promenades, tes hameaux, vont au moins les virer sans dessus dessous avec la peur à la gorge et les torrents qui suivent, pour l'impression furieuse de l'amour qu'ils suscitent, pour le sentiment puissant de vivre qu'ils provoquent, pour le sommeil si doux qui s'ensuit et pour le destin ineffable de l'enfant qui s'inscrit.



Benoît Leroux, 2017