CORPS NU



Tu m'as touché, ce soir, par enchantement.

Constrite, conquise, tu banquises mon Titanique.

Tu m'as caressé, tu m'as touché, on s'est aime,

mais ce n'est rien, rien du tout, mais c'est tout.

Toi, violette distante et froide,

toi, goût d'étincelle, vitrail de soie,

maligne soubrette, reine, dame d'Éloie,

savante coquette, pince d'orfèvre, béloie.

L'émotion monte, s'enfle, l'émotion bêle,

le sang chavire, le tendre noue,

les membres s'étirent, je suis papa,

tes hanches se cabrent, bigre, tu es à moi.

Des choses qui passent, il ne faut rien retenir,

Comme le ruisseau laisse glisser ses eaux,

gouttes aux merveilles sans les vouloir ternir

manges le ciel comme un nuage de miel, voyages.

Les affaires s'éternisent, les rides paraissent,

les blancs chevelisent, le temps passe.

Les enfants poussent les vieux dans l'âge,

le doux printemps attend l'hiver.

Le soleil s'échauffe sur ton corps nu.

Benoît Leroux, 1988