COVALENCE

Quand crépite le feu, qui pet et postillonne des braises,

quand l'air distille un violet bleu subtil pour s'en parer,

quand les collines et les bruits s'agencent de voyage,

quand l'ailleurs secret rêvé s'imagine ici...

c'est le temps de l'esprit des corps, c'est le moment vibré des veines gorgées, des sécrétions abondantes où montent des terres les vapeurs humides...et s'il fait tiède, tes jambes frémissent, tu les écarte à peine pour un désir muet, pour un loisir sans bruit.

Une offre souhaite jouir des souffles au détriment des verbes un souhait offre de marquer des poses au profit des sens.

Les arbres observent, tendu, les gestes des petits hommes, au rouge fugace, ta peau, la mienne espère. Ivre alors, repenti, apprenti, vers tes plages, les mains vides d'offrande, terrassant le terrible silence de l'attente stérile, j'offre à ta terre mobile le contact du semblable contraire.

La chaleur cherche l'obscurité en réfléchissant. De grands yeux disent oui là où là en inclinant les paupières. De vastes mains où se consacrent des serments, jouent les lierres. Des grands pans de respire s'évaporent si des bras entier enveloppent des fragments critiques de ton identité.

De puissantes poussées telluriques magnétisent nos fantasmes en fracassant les murs du désir, dans un désordre de rêves et de réel, des miroirs éclatent, des coeurs perdent connaissance, le passé saigne et pleure la joie de ses peines.

L'amour prend corps, le lien se concrétise, demain, les tailles et les mains, les salives et les lèvres, à demi-mot basculent dans le torrent de l'appartenance, la liberté partagée, à demi-mot, un doublet d'électron, une liaison covalente, le cristal germine pour la croissance.

Là ne s'arrête plus le processus psycho-charnel. Il fallait que cette parcelle d'univers converge avec magie sur la solitude d'un foyer, que les fourmis s'y missent, que l'heure vienne, que la jeunesse s'affole se s'épanouir, en un mot que la nature veuille ne pas s'endormir sous l'observation scientifique des étoiles au printemps, je rêve.

Benoît Leroux, 1993