CYRABEN ET NATHAXANNE



Nathalie, Nathalie, j'avance chez toi sans bruit

Nathalie, viens, viens vite, un voisin me poursuit

Qu'est-ce, j'entend comme le son d'un saxophone

Qui viens en bas ? Sainte espérance, est-ce mon chum?

C'est lui, tout déconfit par son ennui, c'est moi,

ton Roméo, ton Cyrano, chargé d'émoi, armé de rime,

abandonné par son sommeil

comme un oiseau blessé cherche la nuit son soleil

Benoît !... et ton soleil c'est moi? ...C'est moi!... Benoît

Il fait frais, ne reste pas en bas, je t'ouvre.

Nathalie, attend là, reste un peu, j'ai pas froid

les rayons de ta voix de chaleur me couvent

Et d'ici, d'en bas, le réel prend tout son sens,

comme dans un drame, dans un rêve ou au théâtre

sauf que je n'ai pas un nez long de 2 acres

qui me précède pour respirer toutes tes essences.

C'est chance que tu n'ai pas un tel appendice

mais c'est merveille car là tu semble en avoir un

Ton clown vient te trahir, prend garde, c'est un indice

qu'à vouloir vivre en deux monde ils n'en fassent plus qu'un

Tu connais bien ce dilemme et c'est pourquoi je t'aime

que deux mondes n'est fasse qu'un, telle est ma devise

Et pour nous deux, je souhaite qu'elle se réalise.

Tutti frutti, ma peine, j'en ferai un totem.

Tais-toi donc une peu, laisses-moi la réplique, cesses,

ce n'est pas par passion, ce n'est pas à dessein

si j'ai ouin l'autre soir ton corps de mes caresses,

c'est parce qu'un manque profond gît là dans mon sein.

C'est malgré moi si te voilà en déraison

tu me connais fort mal, je suis pure volonté,

... les mots qui suivaient, que tu met dans ma bouche

ne me plaisaient pas, je leur change la couche.

Vas-y ma reine, ma douce, hautaine souveraine

déferles sur mes sens les outils de ta rage

forges mon âme, bat, injecte lui du courage

martèle mon coeur sous les coups de ta haine

Je meurs sous tes doigts, je saigne, je ris je pleure

Je suis le vent qui souffle, le glouton qui bouffe,

la peine, la souffrance, l'extase, un tourbillon de joie

en moi s'emmèlent comme une chorale sans voix

Tais-toi, mais tais-toi donc, tu délire

écoutes plutôt ce qui pourra panser tout tes mots

la vérité c'est que tu me chavire

que je t'aime, que je veux que tu m'aime

Mais je suis si sensible qu'à peine

tes mains sur mon corps se promènent

je fige sur place, je suis bouleversée,

j'ai crainte que l'amour ne porte malheur

quand tout va si bien, mon travail, ma carrière

mes amis...

Je ne te martèlerai rien du tout, ne crains pas

ou crains, au contraire, si tu cherche le supplice

de ne trouver chez moi que douceur sans malice

tout est tellement plus simple que dans ta cervelle

Voilà. tu as touché une corde sensible

qui maintenant me vibre toute la table d'harmonie

et ce qui peut te sembler distance et froideur

n'est guerre qu'un délais nécessaire pour mes yeux aveuglés

a se faire à cette lumière

et une réaction de surprise de mes mains dans le noir

Que tu viennes à mon désir à ce balcon

me faire romance, jette un nouveau flot de photons

sur mon coeur si longtemps prisonnier au cachot des ténèbres.

J'ai l'amour enquilosé, j'ai peine à en remuer les jambes

j'en ai été tant privé, assoiffé

que je ne peux l'absorber que goutte à goutte

miette par miette, sans quoi j'en mourrai.

Écoutes ces larmes qui coulent à ma joue en gonflant,

elles déchargent des tonnes de plomb accumulées

qui scellaient l'entrée de ce donjon où mon âme pâtie enfermée.

Ma belle Nathalie, ta souffrance me laisse sans mot

Elle n'est rien, patience

Je la fondrai cette glace qui t'emprisonne

Tu la fond à la torche de ton ardeur

Tu actives le soufflet sous mes braises en levant ce voile sur ton mystère

Montes maintenant, viens chauffer aussi mon corps qui brûle de geler si loin de toi

Je suis en haut, tout près, je suis en toi déjà

comme à l'aurore du monde, à la première seconde

Viens, viens vite, monte, je défaille, je tombe, j'ai le vertige ou est-ce l'ivresse de ton amour qui me fait tourner la tête.

Qu'as tu Nathalie ?... Dans un ravissement soudain elle s'est enfuie.

Vas, vas dormir la haut, je prend soin de ta vie.

Ton corps semble un fantôme, diaphane, sans bruit,

ta respiration est légère, comme un léger souffle au désert

tu es là haut, je suis ici, je suis là haut avec toi en esprit, en prière.

D'où me viennent ces grand pan d'histoire d'un autre monde,

depuis notre rencontre, je suis un autre, un ancien, un nouveau

dont la mémoire est vaste et l'imagination féconde

tu me viens d'un autre siècle et ce semble être un dessein impératif qui m'enchaîne le coeur à toi, douce chaînes, belle geôlière.

Restes-là, ne bouge pas, voyage, rêve,

au fond des choses tu te ressource,

à l'âme du monde on t'a reçu comme une noble invité

consume et goutte ce qui t'est destiné

un flot de lumière blonde et dorée.

Benoît Leroux, 1995