FUGUE VERS ELLE


Pense combien l'amour à l'inspiration s'allie.

La réalité, les gestes à venir, notre rencontre, ce soir, l'océan de ton coeur sous le feu de mon désir...

Pense, comme tu le sait si bien faire avec les formes et les couleurs. Pense nos plaies du sang de jouir.

Tu ne sais pas comme moi d'avance, mais dans la surprise il faut un surprenant pour le surprit et je pense bien que qui sera prit qui croyait prendre.

Les moments s'inventent d'eux mêmes. Les unions sont truffés de circonstances. L'échiquier des rencontres conserve son mystères qu'on prie avec espoir ou qui parfois nous comble sans prévenir.

Tu m'appelle en silence et je crains plus que tout la beauté de nos joies. Devant elle j'ai la gorge sans voix, j'ai les jambes qui aquatiquent, j'ai le sens en défaillance, j'ai dieu qui chavire.

Je m'en viens à rebours sans faire autrement. Je cour à reculons sans presser. Je tombe vers ta demeure, résigné par la tendresse.

Puisse à ta façon de même qu'en mon être plein de champs d'orge où les tuyaux d'orgue siphonnent des Eloims...que je ne soit pas la proie des dettes de l'émotion, ô le mirage.

Non, je ne serai pas en dette. Nous serons tous deux en marge du crédit. Des aqueducs sont en place, ce printemps pour irrigués notre bonheur et drainer les flots de nos joies. Il y a si longtemps que tout cela se prépare.

Vénus nous a tendu le piège, on a plus qu'a s'y laisser choir.

Mais je tarde avec ses mots fardés de parfum, je retarde l'heure, je retiens la brise de l'encens, je fais des remous sur l'aurore suivante, à nous la nuit...ô silence, prêtes moi des mots sans aucun sens , ceux qui ne devinent pas la charge des sentiments à gaffes.

Le vent souffle, je suis à toi.

Benoît Leroux 1992