JOUR J



Ce jour est une casserole fêlée sur le bord de la route.

Il est sans ombre et sans lumières, sans vent.

C'est un jour inactif que les oiseaux ont refusé.

C'est un jour entre deux sommeils contraires qui se renvoient la balle.

C'est un jour de plus de détruit.

Il n'y fait pas bon sortir ni rentrer à la maison.

Les enfants sont turbulents, il se gronde des choses qu'on leur cachent, ils le sentent, il le voient, ça leur brûle le coeur.

C'est bien un jour où la terre souffre de dérangement digestif.

Mais c'est si profond qu'on enregistre que la routine sur les machines sismiques.

On a pas faim, on attend que le temps absent vienne nous visiter.

L'amour est mort hier entre elle et lui, l'amour a foutu le camp par terre, c'est un gros dégât si gros qu'on ne sait plus quoi faire pour le ramasser. Il reste là, puant, dégueulasse, devant la porte d'entrée, dans le vestibule.

La télé à beau s'énerver, l'âme est abattue, violée, les restes fument dans l'entrée, on y peut plus rien.

Souhaitons que demain...


Benoît Leroux, 1994