MIROIR


Le petit miroir de la grande pièce.

Le petit miroir orné de canicules

en cuivre ouvré. Le miroir liquide

auquel le vide se heurte

à coup de visage rebondit.

Ce miroir où Mérissa, une fois,

cru rendre sa vie au monde par l'oeil.

Son oeil se vit s'étendre, s'ouvrir,

gonfler, se tordre en déformant

l'imaginaire réalité.

Par ce miroir, une impossibilité se produisit

à laquelle personne n'assistait.

On se demande pourquoi ces événements

arrivent toujours rarement devant témoin.

Un événement miraculeux se développait

dans le néant oublié d'une maison

à laquelle personne ne songeait,

ahurit par le grouillement humide de la vie sociale.

Un mur stupide souriait inconsciament.

La chaise à bras qui berce mal en vieux bois,

elle, ne baisait même pas,

elle dormait tranquille

alors que sans bruits

autres que la rumeur d'un coup d'état

qui courrait dans la ruelle somnambule,

la déformation du miroir mère accouchait.

Pénétrée de l'intérieur,

une violente douleur d'extase

animait cet objet d'impasse.

Faisant fiction au néant contenant,

un cri d'image en jaillissait.

Ainsi, je naquis. Tel que vous me voyez,

ni plus grand, ni plus petit.

Égal aux mathématiques. Froid et cérébral,

humide et animal, dans une rue de Montréal,

aujourd'hui même.

Me voilà, soudainement.

Moi qui ne pensais pas.

Ve moisi. Là, ici.

Tel quel, soudain, engendré,

matérialisé, complet, veston.

ô l'émerveillement de la lumière.

Mon corps. Cette condition mâle,

proéminente, l'impression veloutée

des sensations tactiles de l'air,

la pression atmosphérique,

l'attraction terrestre.

J'ai tout un globe convexe

autour de la conscience

qui me bombarde de sensation

et j'ai désir.

J'ai le désir naissant de me fondre en lui.

Je que je fis tout naturellement.

Mais je ne m'en préoccupa pas outre mesure.

Je n'avais pas lieu de m'en faire

puisqu'une banque de données incommensurables

m'était accessible sur désir,

au simple vouloir,

sans presser aucune touche,

je possédais l'imaginaire.

L'imaginaire...jardin exquis peuplé de bien être,

d'odeurs rares, de vision,

d'impression mais aussi capable de violence .

Ainsi armé de ces outils utiles,

après m'être reposé ne naître,

gavé d'imagination mais pas du tout fatigué,

excité même, un peu,

j'entrepris l'expérience de la réflexion,

histoire de goutter la mécanique,

l'ivresse de la puissance.

Ce que je fis,

pour vous dire à quel point

je ne connaissais la gène,

j'appliquai mon esprit sur le pourquoi.

Pourquoi ? Il me dardait de son oeil noir.

Je lui grimaçais des questions pour le faire réagir...

rien. De pierre. Impénétrable.

Il restait sans bronché dans mon univers,

jubilant de silence dans sa foi.

Je venais de choisir mon premier ami.

D'un clin d'oeil philosophique,

il acquiesça pour me punir.


Benoît Leroux, 1987