LE MOT, T'A DIS?

Me reconnais-je, caméléon occis, les yeux disparates

les pattes écarlates, voûté du dos en stand by d'une prise?

Les formes , les figures , les styles

sous les traits desquels je me voie contraint,

asservi pour survivre, ceux lesquelles s' élaborent

en façon de convaincre...me voilà façonné.

Me reconnais-je derrière ces milles façons de forcener

tapis sous l'orthographe rocailleux

derrière les mots ébranchés,

des mots qui sonnent d'argent sonnant

des mots projets qui badigeonne de sauce le fonctionnaire

des mots qui veulent délier les cordons de la bourse,

des mots clés à renfort de chiffres

les mots dits

des mots morts, des mots qui mentent

les mots briques

pour murer les librairies

qui pèsent des livres et des livres.

Me reconnais-je, marqué, quand je m'y prend

des couleurs du cancer où je louvoie en reptile

la faim de semaine, les yeux bénévoles

la queue dragonnienne ?

Des mots, des mots,

Vous me les créditez sur l'écran cathodique

vous me les ratifiées à l'imprimante au laser

vous me les éditez par tampons interposés

camouflés dans des cartouches policés

et je le sait, vous me les traduirez, corrigés,

par séquences sans que j'en choisisse le sens,

ramé bien qu'amarré

digéré par les puces.

Je ne me reconnais. Mais ne me connais ne plus ne prou.

Aussi suis-je encore libre, par souci de déraison,

au sens libre du vox-pop et de l'âme universelle en suivant

l'instinct.

J'ai la haine en dessous de l'amour, à coté du rêve, par la

pluie de la vie tout est clairvoyé, le champ est libre,

miné seulement par de merveilleux artifices.


Benoît Leroux, 1993