NUAGÉROS

Ça commence comme dans un rêve. Les choses manifestées commencent toutes de cette façon. Il y a un matin. Le début est un réveil.

J'oubli. Je me souviens. Je viens d'ailleurs.

Les objets d'un autre monde s'efface. Des événements. Des lieux autres. Une réalité autre. Mais l'oublie étend un grand voile qui tout à l'heure lui-même sera noirci par la grande lumière.

Les êtres viennent ainsi au monde. De diffus ils se font tranquillement grossier. De subtil ils se font épais. D'intelligent il se font ignares. D'innocents ils deviennent coupables. C'est ce qu'on peut appeler l'oeuvre du temps. C'est notre prison a tous, notre devenir notre lot d'expériences à vivre.

Ça commence donc ainsi. Une subtile vapeur sortie du sol, attirée

par l'attraction magique de la lune et des astres, tourbillonnant doucement dans une nuit sans vent. Elle est montée jusqu'au sommet du ciel comme si elle émergeait de la mer en surface de l'atmosphère. Elle s'est rendu là pour voir le jour. Voir le jour en pleine nuit.

Mais ainsi flottante en amont de l'air, elle fut la première à assister à un spectacle qui l'abandonnera bientôt dans une misère atroce. Ce qui ce produisit fut un doux éclaircissement.

L'aube de la lumière. Mais avec des subtilités envoûtantes. Une myriade de teinte crépitant à l'encontre. La voûte noire fleurissait des feux coulant et on aurait dit que des êtres se parlait en vous observant. On ne l'aurait pas seulement dit, on le jurerait. Il semble si certain, en tout cas la sensation de leur présence surprenante dans ce grand silence la haut,... Il y avait la haut un conseil d'astres qui me rappelait ceux de l'Olympe.

Tandis que les photons affluaient en densité différentielle à la tangente des sphères je nirvanisait doucement droguer par l'immensité sereine. Je ne comprenais pas le sens de la vie, j'étais ce sens. J'étais le tout. Tout entrais et tout sortait simultanément de mes yeux, de ma bouche. Mes mains et tout mon corps n'était qu'un grand portail ou une foule d'êtres étranges grouillant et bruyant passaient l'un a travers de l'autre. Mais tout cela sans que j'en sentissent le moindre mal.

Ensuite, parmi toute cette splendeur, le soleil fini par poindre en irisant une aquatique ellipse magnifiquement mirée sur les flots rouges de la stratosphère. Et alors, rose, lamellées par les ondes, les vapeurs eurent froid. Elles se sont resserrées en frissonnant et par une magie éternelle de la lumière du père, elles furent ensemencées. Les premiers rayons du printemps ont cet effet particulier d'absorber les champs magnétiques vagabonds. En rencontrant ces vapeurs du matin, le tout s'agglutine.

Je m'effondrais. Des hauteurs incommensurables, je m'effondrai.

Qui a vu, un matin les nuées cumulées de la nuit par bande s'effondrent me comprend. La rosée s'effondrant du ciel. Rose. Par bande. Les nuages se défont et s'effondrent. Des oiseaux les connaissent. Ils s'y abreuvent au printemps, le matin. Les métaux l'utilisent pour s'accroître, se putréfier et changer de forme. S'il arrive qu'au sol il fasse plus frais, ont trouve cette rosé en forme de pic cristallin magnétique autour des jointures de fer. Ça ne dure pas longtemps. La même lumière qui l'a fait s'effondré du haut du ciel, la même lumière qui est emprisonnée comme dans de l'eau, la même lumière l'a fait à nouveau fondre pour qu'elle se fonde et pénètre la terre. Alors elle va nourrir d'une force vivifiante chaque être et leur redonne les forces que l'hiver leur avait retiré par l'épuisement de la lutte.

Qui a connu le nuage qui s'effondre goutte d'une façon différente l'odeur des parfums terreux et les riches couleurs des fleurs.

Benoît Leroux, 1992