OCÉAN TROPIQUE




Vienne le moment biscornu

ou tes lèvres altières aux miennes tendent

dans un ultime cri du désir

sursauté pulpantes à tout rompre

en brûlantes langueurs.

Vienne le moment ultime de ta main qui tire la mienne à ta couche

pour un sublime mélange de chaleurs

contenues comprimées tant et tellement, qu'exploser elles désirent.

Vivement l'instant, la minute de tes doigts suaves

et secs qui mitaines ou parcourent

à tâtons ma braguette déconfite pour chasser l'animal qui trop mal sait jouer à l'autruche.

A veau l'eau, les dictionnaires, les démarches, les recherches,

les savantes tournures de l'esprit

quand biscorne nous entraîne aux fonds des mers caspiennes

pour ces moments de chère rotondes.

Qu'ils y aillent avec la fiole des discours

nos oreilles n'ont labeur qu'à goutter les sons des eaux

corporelles qui suintent, qui bavent, qui aigrent

de partout mais surtout d'à l'envers.

Au diable les machinations de ceux qui se tordent le cou

pour se prendre le cheveu aux branchages du paradoxe

ou font fière allure d'onduler aux bourrasques des symboles

que par périphrase ils veulent savamment intégrer dans l'ouvrage.

Mon mouton dans ta caverne sauvage qui saillit sur le tison du palefrenier... allons tous deux aux rivages du plaisir laisser dans l'oubli sombrer les rumeurs étranges.

Benoît Leroux, 1992