PREMIERE

Amie chère,


comment se billet parviendra à l'attention des grand yeux magiques qui sont les tiens? Je ne le sais, et j'ai tout à craindre qu'ils ne tombent en des mains dont ils pourraient blesser le coeur et embraser douloureusement la torche de l'envie ou même pire réveiller le dragon de la jalousie.

Ici le seuil d'un jardin secret.

D'où viennent toutes ces pensées qui frémissent à la tombée de l'autosensure, comme émanent de la terre les humeurs du soir. L'autocensure, oui l'autocensure moribonde des adultes, de ceux qui craignent l'adultère.

Non non, ce n'est pas ton corp qui m'affole. C'est ta voix, ta voix profonde et charmante aux contours de violoncelle ta voix aux milles et une notes. Cette voix qui ne cesse de sourir d'une grande, d'une immance joie comme un jézer chaud quand on se rencontre. Il y a dedans l'effluve d'un vent maternel.

Il y en a des souffrances qui s'en évaporent comme d'un viel homme fourbu par le malheur, qui soudain retrouve son enfance inoscente. Cette tendresse qui déborde contient des années de rêve oubliés.

Ils ont leurs place à vie, là, près du centre de mon coeur, tes grand bras généreux qui m'enlassèrent, à l'heure de la détresse, comme une baie bienvenue pour le navire épuisé par la tourmante.

Tu as joué sur mes cordes des musiques volages, des tango ahurissant pour que mes lèvres brûlent des tiennes, tu a insuflé le verbe vibrer aux tuyaux de mes orgues, à l'àge de l'amour pour le laisser languir des années sous le balcon frigide du temps.

Tu as traversé l'océan pour me rejoindre et flamber ta fortune infortunée dans Paris. Dans tes reins la fougeuse puissance de mon homonyme, ô ma belle soeur. Nous partagions en famille sorties, festins et nuit d'amour, au pays d'Alice et de Benoît, chez Mia.

Tu a téléphoné mon âme plus d'une fois sans réponse jusqu'au jour où j'ai eu un répondeur.

Mais il t'aura fallu un sosie pour que mes sens parviennent au souvenir. Il aura fallu un deuxième toi pour que je goute ton corps et que deviennent virginal nos échanges. Ce fut quelques semaines de mervielles interrompues par un chlamidia facheux. Son nom est celui de la lune et de la grande dame de Troie. Enfin, si tu ne sais pas qui est ton sosie, elle connait ton nom.

Ainsi vont et viennent les flux et les reflux de l'existance, gouvernées par l'amour et l'ambition, le désir et l'insatisfaction. Les enfants viennent et la paix s'installe, pleine de croutes et d'épaisseur de croutes.

Mais c'est par nos enfants ensuite qu'on retrouve la joie et l'innoscence.

Malgré tout cet amour platonique que m'inspira jadis chaque parfum qui émanait de ton corps et surtout ta gràce et ta légendaire beauté, tu me retrouve bien encore sur le papier où surement je mourai avec un poème à toi dédié ou sur ta tombe je rèverai en effeullant un mouchoir de papier de toilette et t'imaginant dans les nuage... ces nuages que je connais si bien gràce auxquels j'ai vécu avec toi des évènements inimaginables.

Prend fort sur toi ton enfant, tout l'amour qu'il ne peut pas contenir, hurle dans ses silences.


Benoît Leroux, 1993