Les lumières frisent du bleu,

    la nuit vient, le jour se retranche.

    Le moteur bat en retraite

    axphixié, étranglé au détour de la clé.

    La ville pénètre doucement par le pare brise

    la ville nocturne prend le pied de sa montagne

    pénètre doucement jusqu'à mon âme qui se tait

    d'où elle se terre depuis trop longtemps.

    Il n'en faut pas plus pour faire chavirer

    son navire qui jette à l'eau son chef.

    Recroquevillé dans l'auto, les genoux serrés entre ventre et volent, je n'ai jamais su si mal pleurer, me tordre

    me plaindre dans ces sons aigus qui strident du coeur

    comme strie une autre voix que la mienne.

    Rager, hurler, chialer, pleurer sans autre épaule. Etre détruit par le vain fondement de ma propre psyché

    lâcher lousse dans la désillusion.

    Fulminer, se répandre, saigner, baver du nez, les yeux démonté,

    c'est l'âme qui sort libre. C'est l'enfant qui s'échappe du gredin.

    L'heure s'écoule à grands flots de larmes, le rendez-vous attend j'ai le corps à coté et l'esprit entre les deux.

    Stationné, j'étouffe mes cris, je les relâche, ils gonflent, je crache le morceau.

    Dans quelle prison de l'esprit suis-je lové ?

    Que ne suis-je un ange comme mon coeur qui s'évade, me laissant là,

    geôlier déjoué ?

    Faut-il chaque fois que mes nerfs se fendent pour me

    souvenir du goût de l'enfant ?

    Vieillir et s'encroûté sont synonymes au dictionnaire

    du coeur. Pleurer rime avec évader dans le champ mâle d'un autre hiver qui m'achève.

    Benoît Leroux, 1990