Je te réécrit pour de
nouveaux motifs. Car à l'inverse du non-sens, j'ai la
désillusion qui fermante, le rêve qui bascule, l'amour
qui change. Tu ne saurait demeurer ma muse, il lui faut être
parfaite, à l'image d'une mode au cinéma... or la
débaque me pogne.
La débarque qui dérive
en tailladant des dessins d'enfants pour s'accrocher. Chargé
d'une souffrance sourde et violente qui la rend inapte à
toute caresse, incompétante à toute tendresse, promue
à l'ivresse moribonde.
Alors, succintement, syllable après
syllable, sciament, mu par la force de la gravité, la débarque
prend le bord à tribord.
Nulle déesse greque de Braque
en détresse. Un champ d'épis déséchés.
Un ciel qui attend le début d'un autre. L'amour s'enlise
dans des histoires impossibles, assoifé, meurtri, déconfit,
paralisé par l'incertitude. J'ai l'amour qui veux s'épanouir
dans le corps ou la complicité avec un jeu d'ombre aveuglant
qui roule la nuit, les hautes en pleine face.
Je tomberais au piège de quelques
unes, volontier mais en chasse elle ne veulent courir. Je suis
un gibier difficile à prendre, raffiné, perplexe,
controversé, pas le moindrement rusé ni farouche,
mais déconcertant, blessé.
L'orgueil m'imprime une controverse
gènante au rictrus. Mes filets usés cèdent
sous la charge des désirs, étallant en public ses
plaies affolées.
Des chaleurs comme des voiles qui
glissent sur un corps nu. Des vents fragiles aux douceurs inconnues.
Des images furtives pastelles au focus digital qui déjoue
l'horloge au téléphone. Des parents des amis des
connaissances, de la joie des gens des sons bizarres et un sourir
très précit, celui qu'il te faut, une voix, des
lèvres pour la remuer, des mots, des non-sens, pour cacher
un géser d'histoire qui monte à la gorge. Des jambes,
des mains, un soufle jeune et fébrille. Une liberté
souveraine comme un diamant enchassé dans la lune. Le
voyage. Le ciel p'étoillé.
Benoît Leroux, 1994