Si une voix disait,
quand le silence est assis
dans l'autobus des inconnus,
Si un moteur se taisait
quand il fait ville, chaud,
lorsqu'étouffe le bon sens
Si mon coeur te parlait
alors que juste avant
il s'était tu
parce que la nuit s'impose
avec ses lourds ressacs
d'humidité qui montent
Si des flûtes et des voix
venaient combler nos âmes étourdies
Si tout ça avait un verbe
qui s'entendrait
avec le rayon du silence
Si en rêve s'accomplissait
la magie du monde
Si l'incriminé avait justice
sur tous les autres
Si les cravatés dormaient au refuge
et les crasseux dans des bains tourbillons
Si les enfants avaient du pouvoir
Si je pouvais ne pas connaître
l'imparfait
je t'aurais un de ces amour de vivre
tu peux pas savoir
Combien seraient belles nos statues
nos drapeaux, nos oripeaux,
Combien de ruisseaux couleraient
aux lieux de nos autos
Combien de verdure chatoierait
aux ruelles de Montréal
Toutes ces claires eaux du sommeil
toutes ces troubles eaux de l'inconscience
létargiquement
abbatent au ouvrage de boeuf.
Benoît Leroux, 1992